Corse: le GR20 en 11 jours, simple randonnée ou petite aventure ?

6h30, dans la montée vers le col des éboulis et le Monte Cintu
Depuis tôt ce matin je grimpe de pierre en pierre,
Si lent, marche après marche, dans la pente si raide
La caillasse a muté pour des dalles en dévers
Après les éboulis c’est presque un intermède
Je plante mon bâton d’un geste mécanique
Dans un repli de roche, faible anfractuosité
Si je monte bien un pied, l’esprit reste erratique
Un rythme dans la tête, le vide dans mes pensées
Quand je lève les yeux, sommet sur fond d’azur
C’est la haute montagne qui répond à la mer
Tout en haut du névé attend la démesure
La Méditerranée grandiose et éphémère
 Si les montées sont rudes, les descentes cassantes
Chaque heure qui passe offre une splendeur différente
Tout col est un balcon, un nouveau point de vue
Transformation de roches, spectacle continu
 Tout n’est qu’âpre beauté a priori hostile
Pourtant cette force quasi irrépressible
Me pousse à fusionner, être chaque caillou
Chaque aiguille, chaque muraille, lithique remous
Devenir un instant part de ce paysage
Peut-être l'illusion, que j'en serai plus sage
Dans ce sublime royaume de minéralité 
Seul le vert frais des arbres épargnés par la foudre
Murmure quelques douceurs, invite l'ombre à sourdre
La clarté des rivières coule en douces aubades
Et le miroir des lacs appelle à la baignade
 Le GR20 est-il juste une randonnée ?
Pour un modeste marcheur expérimenté
C’est un vrai engagement, une petite aventure
Une relation à soi en catalyse nature
Ceux qui y viennent invoquent de multiples raisons
Performance et défi ou lente méditation
Il y a mille manières de faire son GR20
Mais une fois en chemin, tous les discours sont vains
 Partager l’expérience avec un être aimé
Construire des souvenirs avec un groupe d’amis
Marcher seul en cherchant une part de vérité
Ou avec un guide selon son autonomie
 Dépasser l’obsession, pour faire huit jours ou moins
Suivre le rythme prévu, seize étapes à la fin
Ou encore alterner en densité physique
En dix ou treize jours qui deviendront épiques
S'il fallait résumer en simplifiant un brin
C'est juste une affaire de pierre de rythme et d'humain
 Les convergences de rythme font sociabilités
Dans un même espace-temps, vagues de congruence
Chacun sachant l’effort que l’autre a affronté
L’écoute le respect supplantent les différences
 Le cœur des montages de Corse sème sous les pas
Du grimpeur de trophée l’or de l’humilité
Mais celle ou celui qui a triomphé de soi
Grâce à l'aide généreuse des cailloux du trajet
Peut en concevoir une légitime fierté
De la beauté qui sauve qui survit à jamais

Troubadour Colibri (en sac à dos)

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